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Le FMI commence une nouvelle mission à Brazzaville

Une nouvelle mission du Fonds monétaire international (FMI) va démarrer, à partir du 5 décembre à Brazzaville, des discussions avec les autorités dans le but de parvenir à terme à un accord économique permettant au Congo de faire face à la crise qui le cisaille depuis un bon moment. Les agents du FMI devraient cette fois-ci fouiner du côté de certaines entreprises publiques, des banques et des régies financières.

Le but de cette nouvelle mission du FMI est d’éclairer des ombres dans le lourd endettement du Congo face à ses créanciers.  A sa dernière mission, l’institution du Bretton Woods avait fixé à 110% le niveau de la dette congolaise par rapport à son Produit intérieur brut. Ce niveau d’endettement ne prenait pas en compte plusieurs autres dettes, et principalement la dette intérieure pour laquelle l’Etat et les opérateurs économiques ne se sont jamais accordés sur le montant exact. Le gouvernement a inscrit en 2017 un paiement de 14 milliards de francs CFA pour éponger cette dette intérieure qui est essentiellement commerciale. Mais, les hommes d’affaires eux, notamment l’Union nationale des opérateurs économiques du Congo, parlent de plus de 1.000 milliards de dette.

Cette dette à multiple têtes touche également les arriérés des salaires dans certaines entreprises, les pensions de retraite et les bourses des étudiants. Dans les administrations publiques, les allocations de fonctionnement n’arrivent plus depuis trois ans. Plusieurs représentations diplomatiques à l’étranger ploient sous le poids de grosses dettes. Soit le personnel n’est pas payé, soit l’immeuble en location abritant les bureaux d’ambassade n’est pas payé. Il y a également les ambassadeurs, nommés depuis des mois, qui trainent à Brazzaville faute de moyens financiers.

La revue du FMI devrait donc permettre d’élucider certaines situations, notamment la lourde et sombre dette de la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC), estimée aujourd’hui à environ 930 milliards de francs CFA. Cette dette aurait été contractée sans l’aval du ministère des Finances, apprend-on des fins limiers de la finance internationale. Depuis quelques mois, le Premier ministre Clément Mouamba a d’ailleurs affiché sa volonté de restructurer cette société qui constituerait un vrai gouffre financier pour le pays. La SNPC gère en effet une litanie de pénuries, souvent sans solutions durables : carburant, gaz, pétrole.

La SNPC comme la Société nationale de distribution d’eau (SNDE), la Société nationale d’électricité (SNE) ou Congo Télécom font partie du portefeuille public. Mais, elles paraissent quasiment comme des gouffres à sous qui ne produisent que des pénuries. Chaque année, l’Etat pompe assez d’argent dans ses structures économiques pour permettre de supporter des charges incompressibles.

 Selon certaines sources, plusieurs dettes ou arrangements financiers seraient passés par un important réseau banque composé de structures comme la BGFI Banque ou l’UBA Bank. Un endettement à la charge du Congo, mais dont le niveau exact n’est toujours pas connu. Les employés du FMI vont donc fouiner de ce côté, avant d’établir le lien entre les régies financières et le trésor public. Il semble que plusieurs recettes publiques échappent au circuit officiel de collecte de ressources.

Vu l’ampleur de la situation, les autorités ont décidé de prendre le taureau par les cornes, car la crise économique actuelle risque bien d’emporter tous les acquis sociaux que le pays a accumulés ces dix dernières années. C’est pourquoi, le président Denis Sassou N’Guesso a mis en place un comité de négociations face aux employés du FMI. Le négociateur en chef, Lucien Ibata, conseilleur spécial du chef de l’Etat aux finances extérieures, fait feu de tout bois afin que la situation du Congo soit déclarée acceptable à la fin de cette revue. La piste de négociations des dettes aux créanciers européens et chinois semble bien être crédible. C’est-à-dire, le Congo est à la recherche d’un pays ou d’une institution financière qui se portera garant d’une partie de sa dette. L’expérience a déjà été tentée et réussie avec la Chine qui a racheté la dette congolaise face aux sociétés chinoises qui avaient réalisé des travaux d’infrastructures.

Tant que le Congo ne donnera pas suffisamment de garantie sur ses nombreuses et lourdes dettes, il sera difficile que son dossier soit correctement ficelé pour être examiné au prochain conseil d’administration du FMI en février 2018. Si le pays se montre insolvable et sans partenaires, le Fonds sera obligé de le mettre sous programme d’ajustement, ce qui est une thérapeutique plus amère. Mais, si des garanties sont données dans la gestion de cette dette, le Congo pourrait alors bénéficier d’un appui budgétaire pour réaliser son programme 2018.

La mission du FMI reste très déterminante pour l’économie congolaise. Le budget de l’année prochaine n’est pas encore adopté à l’Assemblée nationale. Même la première copie n’est pas encore examinée par le gouvernement. Cela explique les tensions de trésorerie que le pays traverse et la tendance à la faiblesse des ressources budgétaire qui ne devrait presque pas changer l’année prochaine.