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Les vendeuses du marché mangent à tout bout de champ

Ne manger qu’une seule fois par jour aux environs de 3 h de l’après -midi, est un régime dont souffre la plupart des familles congolaises, quoique ce rythme ne touche en aucun cas les femmes qui ont choisi de vendre dans les marchés. Ces vendeuses-là mangent 3 fois par jours, sans compter les minutes qu’elles passent à grignoter de l’arachide, un morceau de gâteau qui a fini par faire le tour du marché sur un plateau mal couvert, et autres.  Au marché Total à Bacongo, dans le 2ème arrondissement, les commerçantes expliquent la raison due à cette sorte de Boulimie.

L’une des raisons évoquées est que, le fait de passer plus de la moitié de la journée dans le marché les exposait inévitablement aux prêt- à-manger, ces mets vendus à la criée dans des brouettes, dans un seau posé sur la tête ou dans un plateau circulent tenu à la main qui sillonnent le marché entier. Ici les vendeuses ambulantes ne s’emmerdent pas à trimbaler des assiettes dont les habituées à ce rythme disposent déjà.

Du pain  bourré, du  lait servit dans des boîtes de  conserve  vides, du saka-saka, du haricot, de  la ratatouille, du «  kangélénga »  ou poisson salé sauté aux aubergines locales, des fritures  beaucoup prisées avec de l’oseille rouge, des asperges, des feuilles de saka-saka boucanées  figurent dans le menu du jour connu des « ba mama ya zando », ces vendeuses  qui ont le choix entre accompagner au manioc coupé en dé, au foufou roulé en boule, au riz  blanc ou au riz à la sauce qui leur sont vendus au passage.

Devant ses articles en plastique, la version de  Marthes Biléko  a donné que  les vendeuses  se dépensaient  beaucoup en énergie. Courir récupérer la marchandise au dépôt, étaler sur la table, placer les étiquettes des prix, agiter sans cesse sa main pour chasser les mouches quand les vivres frais y sont exposés, surveiller le passage des voleurs, dorloter les clients hésitant devant les tables aux étalages quasiment similaires, papillonner de table en table à la recherche des petites coupures pour rendre la monnaie.

 « Et le soir, il nous faut encore ramener la marchandise au dépôt si ce n’est à la maison. Comment ne pas récupérer les forces si nous ne mangeons pas assez ? », a expliqué Flora, une vendeuse d’articles de ménage. « N’oubliez pas que certaines d’entre nous sont des femmes au foyers et que mille autres formes de corvée attendent à la maison. Pour les affronter il faut être prêtes !», a-t-elle ajouté avec un brin d’humour.

A la remarque selon laquelle les vendeuses se gavaient dans le marché en brimant le reste de la famille, Claudine Loubassou a révélé qu’elle en avait le plein droit. « Je suis la patronne de mon entreprise et rien ne m’empêche d’avaler un morceau quand je le désire. Je n’attends les ordres de personnes. Ce commerce est mien, c’est le fruit de mes efforts personnels »

Vendeuse de draps à la friperie, Mathilde Nzabana, a laissé entendre que le marché était un endroit où la plupart des vendeuses venaient s’afficher pour se donner de la valeur. « Le manger sans cesse devient une flamme entretenue par une complexe pas facile à percevoir. « C’est une vraie défaite de ne pas avoir une assiette pleine pendant que les autres mangent à satiété ».

Yolande dite « La Yola » n’a pas retenu sa langue. « Beaucoup de vendeuses dont les affaires ne sont pas au beau fixe allaient jusqu’à s’endetter auprès des vendeuses de nourriture, rien que pour prouver leur capacité d’achat sans regarder à la dépense. Manger 3 fois par jour est aussi pour elles, un moyen de maintenir ses rondeurs quelle que soit la situation de mévente traversée à une période du mois », a-t-elle dévoilé.

Une catégorie de vendeuses plus économes ramène souvent sa nourriture de la maison. Elles dépensent peu. Quand ce ne sont pas les enfants qui viennent récupérer le panier pour aller faire la cuisine, ce sont ces vendeuses économes qui s’activent à cuisiner au-dessous de leurs tables à étalages. Une fois cuite, cette nourriture préparée au marché fera le bonheur de toute la famille. Le chef de famille y compris.